SHANGRI-LA
Il y a des albums qui écrasent la concurrence par leur seule ambition. Shangri-La en fait partie. L'humanité survit sur une station spatiale administrée par Tianzhu, une multinationale qui gère les êtres humains comme une gamme de produits : versions, mises à jour, obsolescence programmée. Les animaux ont été génétiquement modifiés en sous-classe consciente. Et pendant ce temps, on continue de faire la queue pour la dernière console.
Le trait de Bablet fait le travail que les dialogues n'ont pas besoin de faire. Ses planches de vide sidéral, ses architectures écrasantes, ses foules minuscules dans des halls immenses : tout dit la même chose, à savoir que l'humanité a changé de décor sans changer d'un millimètre. On a emporté nos hiérarchies, notre racisme, notre consumérisme et notre besoin de croire, dans une boîte de conserve à 400 kilomètres du sol.
Le reproche qu'on lui fait parfois — trop de thèmes, trop appuyés — n'est pas absurde : Bablet ne fait pas dans la nuance et assène ses convictions comme des coups de marteau. Mais il faut une sacrée dose de mauvaise foi pour ne pas reconnaître ce que représente cet album dans la SF francophone. C'est un monument, et il a moins de dix ans.
✓ Ce qui fonctionne
- Le dessin de Bablet : le vide sidéral n'a jamais été aussi habité
- Une SF adulte qui parle de consumérisme sans jamais devenir un tract
- 222 pages, un vrai souffle romanesque, aucune facilité
- Le Label 619 au sommet de ce qu'il sait faire
✗ Ce qui ne fonctionne pas
- Bablet appuie parfois si fort sur son propos qu'il en perd la nuance
« On a changé de décor sans changer d'un millimètre : on a emporté nos hiérarchies et notre consumérisme dans une boîte de conserve à 400 km du sol. »
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