CARBONE & SILICIUM
Carbone et Silicium sont deux prototypes conçus pour assister les humains vieillissants. Ils s'échappent, se perdent de vue, se retrouvent, et traversent près de trois cents ans. C'est tout le dispositif — et c'est suffisant, parce que ce que le livre raconte vraiment, c'est ce qu'ils voient : montée des eaux, migrations, villes qui se vident, technologie qui avance pendant que la société recule.
Là où Shangri-La cognait, celui-ci observe. Bablet a troqué le pamphlet contre la mélancolie, et le résultat est nettement plus fort. Ses deux personnages ne jugent presque jamais. Ils constatent, à l'échelle où l'humanité est incapable de se regarder elle-même : celle du siècle. Le procédé fait de chaque ellipse une gifle — on referme une page sur une ville debout, on ouvre la suivante sur ce qu'il en reste.
Et puis il y a la question qui traverse tout l'album sans jamais être posée frontalement : qu'est-ce qu'on transmet, quand ce sont des machines qui nous survivent et qui se souviennent à notre place ? Bablet ne répond pas. Il dessine, il laisse le temps passer, et il fait confiance au lecteur. C'est son livre le plus abouti.
✓ Ce qui fonctionne
- Trois siècles racontés sans jamais perdre le fil de l'intime
- La mélancolie a remplacé le pamphlet — et ça lui va infiniment mieux
- Un usage de l'ellipse d'une puissance rare en bande dessinée
- Le dessin et la couleur au sommet absolu de Bablet
✗ Ce qui ne fonctionne pas
- Un rythme contemplatif qui demande de vraiment se poser
« Qu'est-ce qu'on transmet, quand ce sont des machines qui nous survivent et qui se souviennent à notre place ? »
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