LA BELLE MORT
Une poignée de survivants erre dans un monde vidé de son sens. Pas de zombies, pas de méchants, pas de quête : juste des gens qui continuent parce qu'ils ne savent pas faire autre chose. Pour un premier album publié à vingt-trois ans, c'est un sacré programme.
Ce qui frappe rétrospectivement, c'est que l'obsession centrale de Bablet est déjà entièrement formée. La question qu'il posera à toutes ses œuvres suivantes — que reste-t-il d'humain quand le décor tombe ? — est posée ici sans détour, et sans le confort d'un scénario qui viendrait y répondre. Les grandes cases muettes, les ruines habitées, la solitude dessinée comme un espace physique : la grammaire est là.
Les maladresses le sont aussi. Le récit patine, certains dialogues expliquent ce que l'image disait déjà mieux, et le trait n'a pas encore la précision maîtrisée qu'on lui connaîtra. Mais on tient là le brouillon assumé d'un des auteurs majeurs de la SF française. À lire après les deux autres, pour mesurer le chemin.
✓ Ce qui fonctionne
- L'obsession de Bablet, déjà entière, dès le premier album
- Une post-apocalypse contemplative qui refuse tous les clichés du genre
- Des ruines dessinées comme un état intérieur
✗ Ce qui ne fonctionne pas
- Le récit patine par moments
- Des dialogues qui redisent ce que l'image montrait déjà
« Que reste-t-il d'humain quand le décor tombe ? Bablet pose la question dès son premier album, et ne cessera plus jamais de la reposer. »
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