🎵 MUSIQUE

INFERNO

Genres : Électro
INFERNO
💤 SOPORIFIQUE2/5
TREIZE ANS POUR UNE DESCENTE AUX ENFERS

Boards of Canada, ce sont deux frères écossais, Mike Sandison et Marcus Eoin, qui ont emprunté leur nom à l'Office national du film du Canada et passé leur adolescence au pied des Pentland Hills, où se trouve leur studio. Signés chez Warp en 1998, ils ne donnent plus de concert depuis 2001 et n'avaient rien sorti depuis Tomorrow's Harvest, en 2013. Inferno, leur cinquième album, sort le 29 mai 2026, treize ans plus tard.

Le retour tient de la chasse au trésor. Début avril, des cassettes VHS arrivent chez des clients de la boutique en ligne de Warp : un christogramme, une image déformée des télévangélistes Jim et Tammy Faye Bakker, un extrait de « Little Star » des Elegants (1958) passé à l'envers, et une fausse pub promettant un « flexi-disc hexagonal gratuit ». Puis viennent des affiches de silhouettes aux yeux entièrement blancs à Londres, Tokyo ou New York, un vieux site qui se rallume avec le message « nobody home », un premier morceau, « Tape 05 », et des écoutes collectives dans sept villes, dont une église new-yorkaise. Aucune interview, aucun communiqué. Même les critiques ont dû jouer le jeu : leur lien d'écoute s'autodétruisait après trois lectures et présentait l'album sous un faux nom, Helium.

Inferno, ce sont 18 titres et 70 minutes pensés comme une suite continue, truffés de références ésotériques : « Prophecy at 1420 MHz » vise la fréquence de résonance de l'hydrogène, canal supposé d'une communication interstellaire, « Naraka » porte le nom sanskrit de l'enfer, « All Reason Departs » cite Aleister Crowley et « I Saw Through Platonia » renvoie au physicien Julian Barbour et à sa théorie du temps. « Introit » reprend même un son de « Happy Cycling », tiré de Music Has the Right to Children (1998). Le disque a aussi eu une vie mouvementée : « The Word Becomes Flesh » passe au générique de fin de Backrooms, le film d'A24 sorti le même jour, et la Maison-Blanche a utilisé « Deep Time » dans une vidéo mêlant drapeaux, centres de détention et patrouille des frontières ; Warp et le duo ont répondu qu'ils ne cautionnaient pas cet usage non autorisé.

Le pari a payé : numéro 3 des ventes d'albums au Royaume-Uni, leur meilleur classement à ce jour, numéro 2 en Écosse, 35e en France. Pitchfork (8,6, « Best New Music ») salue leur album le plus accueillant depuis Geogaddi, The Herald lui donne 5/5, Mojo 4/5, et Metacritic affichait 84 sur 100 fin juin. Seule vraie fausse note, le Guardian (2/5) parle d'une grosse déception, d'un duo resté coincé dans le passé et de rythmes « lamentablement pédestres ».

✓ Ce qui fonctionne

  • Une campagne de VHS et d'affiches digne d'un jeu de piste
  • Leur album le plus accueillant depuis Geogaddi, selon Pitchfork
  • Des références ésotériques à décortiquer pendant des mois
  • Numéro 3 au Royaume-Uni, leur meilleur classement

✗ Ce qui ne fonctionne pas

  • 70 minutes d'un seul tenant : pas pour une écoute distraite
  • Un duo « coincé dans le passé », tranche le Guardian (2/5)
« Treize ans de silence, des VHS par la poste, et au bout un enfer de 70 minutes qu'on traverse les yeux grands ouverts. »
— RHYNO, critique en chef de ZZZPOP

🎧 L'album en streaming

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