CRYSTAL CASTLES
Ethan Kath et Alice Glass se rencontrent à Toronto vers 2004. Tous deux aiment la musique noise et veulent en inventer une version nouvelle, où les guitares seraient remplacées par des claviers et des rythmes de dance. Kath confie à Glass un CD d'instrumentaux, et elle en choisit cinq pour y poser sa voix. Un enregistrement présenté comme un simple test de micro, « Alice Practice », se retrouve sur MySpace, tape dans l'oreille du label britannique Merok et devient leur premier disque, en 2006. Une série de 45 tours épuisés plus tard, le duo est connu bien au-delà du Canada.
Le son, c'est celui d'une console Atari 5200 trafiquée, dont Kath sample les textures, posées sur des rythmes durs, presque industriels. De quoi coller au groupe l'étiquette chiptune, qu'il n'a jamais revendiquée, d'autant que Crystal Castles est aussi le nom d'un jeu d'arcade Atari de 1983. Kath résumait son style ainsi : AIDS Wolf qui se bagarre avec New Order. Par-dessus, la voix de Glass, trafiquée et hachée, « terrifiante sur un titre et câline sur le suivant », selon AllMusic. L'album n'en est d'ailleurs pas tout à fait un : c'est une compilation de singles déjà parus, de démos et de quelques inédits. « Untrust Us » découpe une voix de Death from Above 1979, « Magic Spells » sample Grandmaster Flash, « Air War » le compositeur Luciano Berio, et « Crimewave », réécriture d'un morceau du groupe HEALTH, sonne, selon le magazine Clash, comme un robot qui supplie qu'on l'épargne. « Tell Me What to Swallow », une ballade à la guitare acoustique sur 40 couches de voix de Glass, referme le tout sur une note étrangement douce.
Le NME promettait qu'on n'entendrait rien de mieux cette année-là qu'« Untrust Us », « Crimewave », « Air War » ou « Vanished », et l'album s'est retrouvé dans les bilans de fin d'année de Pitchfork et du NME, qui l'a ensuite classé parmi ses 500 plus grands albums de tous les temps. Il a aussi ses détracteurs. Le Guardian le trouvait plein d'enthousiasme mais comme inachevé, et Slant Magazine rangeait ses morceaux en trois catégories, « Wii », « Xbox » et « on sniffe du diluant », la dernière regroupant les plus pénibles, comme « Alice Practice ».
Et puis il y a la suite. Alice Glass quitte le groupe en 2014. En 2017, elle accuse publiquement Ethan Kath de violences sexuelles, physiques et psychologiques pendant ses années dans Crystal Castles. Kath dément et parle de « pure fiction » ; la plainte en diffamation qu'il dépose contre elle est rejetée, et le groupe n'a plus rien publié depuis. Difficile d'écouter ce disque sans y penser. Reste un album qui a prouvé qu'on pouvait faire danser avec du bruit, porté par la voix d'Alice Glass.
✓ Ce qui fonctionne
- Une console Atari trafiquée transformée en arme de piste de danse
- « Crimewave », « Untrust Us », « Vanished » : des sommets d'électro glacée
- La voix d'Alice Glass, tantôt terrifiante, tantôt câline
- « Tell Me What to Swallow », une ballade inattendue pour finir
✗ Ce qui ne fonctionne pas
- Des morceaux plus bruyants franchement pénibles, rangés par Slant Magazine dans la catégorie « on sniffe du diluant »
- Une compilation de singles et de démos plus qu'un album pensé d'un bloc
- Un disque assombri par les accusations d'Alice Glass contre Ethan Kath, en 2017
« Crystal Castles a fait hurler une console Atari et danser des clubs entiers sur du bruit. Un disque fascinant, que son histoire empêche d'écouter le cœur léger. »
🎧 L'album en streaming
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