THE CLOUD MAKING MACHINE
Cinq ans ont passé depuis Unreasonable Behaviour. Laurent Garnier a publié un livre, Électrochoc (2003), écrit des musiques de films, et un enfant lui est né le 9 janvier 2004 : on entend ce bébé, enregistré par Garnier à la maternité, sur « 9.01-9:06 ». Il attaque l'album au début de 2004 avec des morceaux techno-house, puis change de cap, raconte-t-il à Sound On Sound, parce qu'il a l'impression de se répéter. Il repart d'éléments de ses bandes originales et de vieilles ébauches, produit presque tout dans son studio personnel parisien, The Kub, et met ses sets de DJ entre parenthèses le temps de boucler le disque. Il n'avait pas l'intention, assure-t-il, de faire un album aussi calme.
Autour de lui, des invités venus d'ailleurs : le pianiste de jazz norvégien Bugge Wesseltoft aux claviers et aux cordes, le chanteur et joueur d'oud tunisien Dhafer Youssef sur « Huis Clos », qu'il cosigne, Sangoma Everett à la voix et aux textes, Philippe Nadaud au saxophone soprano, et Scan X, son ingénieur de longue date, au mixage et à la guitare. Dix titres, 54 minutes, entre électronica, blues un peu futuriste et jazz, comme le décrivait Garnier aux Inrockuptibles. « (I Wanna Be) Waiting for My Plane », pensé pour sonner comme une démo, emprunte à « I'm Waiting for the Man » du Velvet Underground, et « Jeux d'enfants » repose sur des enfants enregistrés au MiniDisc pendant des vacances. Le livret raconte une usine qui fabrique des nuages pour envoyer au ciel les vœux de chacun ; la pochette, un collage illustré par Hélène Builly, montre une usine que Garnier voit de ses fenêtres, selon les Inrockuptibles. L'album sort en janvier 2005 chez F Communications.
La réception est partagée, et nettement plus chaleureuse en France. Les Inrockuptibles parlent d'une « vraie claque », Sound On Sound d'un disque très ambitieux et étonnamment éclectique. Ailleurs, on tique. AllMusic (3/5) le trouve souvent impénétrable, sans jamais rebuter ; Resident Advisor y voit une diversion intéressante mais ratée, trop sombre et pas assez dansante ; XLR8R lui reproche de manquer des grandes idées d'écriture de l'époque de « The Man with the Red Face », et PopMatters (4/10) parle d'un concept manqué. Parmi les réussites, l'Irish Times cite « Huis Clos » et « Barbiturik Blues », PopMatters et le Miami New Times « First Reaction (V2) ».
L'album entre à la 73e place en France. Le public de SensCritique lui donne 6,7/10, soit 3💤 : un disque à part dans sa discographie, qui demande de laisser la piste de danse au vestiaire. Il annonce la suite : Bugge Wesseltoft et Philippe Nadaud seront de l'aventure du live Public Outburst, en 2007.
✓ Ce qui fonctionne
- Une vraie prise de risque : la techno laissée de côté pour le jazz et l'électronica
- Bugge Wesseltoft et Dhafer Youssef, des invités venus d'ailleurs
- « Huis Clos » et « Barbiturik Blues », réussites saluées par l'Irish Times
- Une « vraie claque », selon les Inrockuptibles
✗ Ce qui ne fonctionne pas
- Souvent impénétrable, selon AllMusic
- Trop sombre et pas assez dansant pour Resident Advisor, concept manqué pour PopMatters
« Garnier range ses platines et fabrique des nuages : un disque de chambre ambitieux, qui laisse la piste de danse au vestiaire. »
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