DEAR DIARY, MY TEEN ANGST HAS A BODYCOUNT
Fin 2003, quand Epitaph le signe, From First to Last, groupe floridien que le label dira bientôt installé à Los Angeles, n'a qu'un EP, Aesthetic, paru chez un micro-label new-yorkais. Le chanteur vient de partir quand Sonny Moore, un ado de Los Angeles, rejoint pour quelques semaines en Géorgie les guitaristes Matt Good et Travis Richter et le batteur Derek Bloom. On l'entend chanter des chœurs en studio, raconte Epitaph, et il est engagé : la veille de poser ses voix, dira-t-il à MTV, sans avoir jamais vraiment appris à chanter. Il a 16 ans à la sortie du disque ; on le connaîtra sous le nom de Skrillex.
L'album est enregistré début 2004 à l'Earthsound Recording de Valdosta, en Géorgie, avec Lee Dyess à la production, au son et au mixage. Écrit en deux semaines par Good et Richter, il est chanté par Moore dans le même laps de temps, selon Epitaph. Au livret : Moore au chant, Good et Richter aux guitares, Jon Weisberg à la basse (Richter et lui se chargent des cris), Bloom à la batterie et le rappeur Major League Playa en invité. Le disque sort le 29 juin 2004 chez Epitaph : douze titres, dont un caché, pour 38 minutes. Son titre, inspiré de Heathers selon Decibel, reprend une réplique de Veronica, qui écrit dans son journal que son « teen angst bullshit » a fait des morts. Le groupe a juste retiré le gros mot.
Ça démarre sur un « Kill the lights! » grogné et ça enchaîne les titres à rallonge, de « The One Armed Boxer vs. The Flying Guillotine » à « I Liked You Better Before You Were Naked on the Internet ». AllMusic salue la batterie de Derek Bloom sur le premier, entend dans le second un Blink-182 qui s'essaie maladroitement au sérieux et voit dans « Ride the Wings of Pestilence » une explosion de bonnes idées. Il y a aussi « Emily », ballade acoustique sur un amour à distance, et « Note to Self », dont le clip passe sur Fuse en 2005. Le morceau caché vire au rap, puis à des hurlements façon Cradle of Filth, au grand désarroi de Punknews. Dear Diary était satirique, dira Richter, à la manière de ces gens dont on ne sait jamais s'ils plaisantent.
Drowned in Sound lui colle 1/10 et se moque d'abord du titre (« It's stupid »), Ox Fanzine 2/10 en le trouvant plus proche de Lostprophets que d'At the Drive-In. AllMusic (3/5) le juge trop sincère dans sa tristesse pour être une blague, Punknews (3,5/5) pas mal pour un premier album, et Kerrang! le résumera en 2006 comme The Used en pleine crise de nerfs, chaotique et vital. Le public suit : entré au classement Heatseekers de Billboard en septembre 2005, plus d'un an après sa sortie, l'album y grimpe à la 12e place et dépasse, selon Epitaph, les 100 000 exemplaires. Le public de SensCritique lui accorde 6,4/10 sur 28 notes, soit 3💤.
✓ Ce qui fonctionne
- Le futur Skrillex au chant, engagé la veille de poser ses voix
- La batterie de Derek Bloom, saluée par AllMusic
- « Ride the Wings of Pestilence », une explosion de bonnes idées pour AllMusic
- Plus de 100 000 exemplaires vendus, selon Epitaph
✗ Ce qui ne fonctionne pas
- Un titre jugé stupide par Drowned in Sound, qui lui colle 1/10
- Plus proche de Lostprophets que d'At the Drive-In pour Ox Fanzine (2/10)
« Un ado engagé la veille de poser ses voix, deux semaines d'écriture et une réplique de Heathers en guise de titre : le futur Skrillex fait ses débuts en chantant un faux journal intime. »
🎧 L'album en streaming
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