TREATS
Derek Miller a passé ses années 17-22 à la guitare dans Poison the Well, un groupe de la scène hardcore. Alexis Krauss, elle, a chanté de 12 à 16 ans dans RubyBlue, un groupe pop pour ados, avant des études de sciences politiques et un poste de prof d'espagnol dans une école primaire du Bronx. En mars 2008, Miller débarque à New York avec une obsession : trouver une chanteuse pour ses maquettes. Il travaille dans un bistrot brésilien de Williamsburg, à Brooklyn. Un soir de juillet, Krauss y dîne avec sa mère, Miller parle de son projet… et c'est la mère qui propose sa fille. Krauss préparait alors une candidature à la bourse Rhodes ; elle choisit le groupe.
Les maquettes de Miller tapent dans l'oreille de M.I.A., qui le fait travailler sur son album Maya, puis signe le duo sur son label, N.E.E.T. Gonflé à bloc, Miller produit Treats seul, à Brooklyn. Sa règle : tout « pousser dans le rouge ». Résultat, un disque où les enceintes semblent sur le point de lâcher : des riffs au marteau-piqueur tirés du punk et du metal, des beats de hip-hop et d'électro, et par-dessus les refrains scandés de Krauss, chantés comme par une pom-pom girl en furie. La pochette met d'ailleurs en scène une équipe de cheerleaders. Au milieu de ce vacarme, « Rill Rill » fait figure d'exception : un morceau à part, bâti sur un sample de Funkadelic (« Can You Get to That », 1971), devenu le titre le plus connu du groupe et la bande-son d'une pub iPhone en 2013.
La critique tombe sous le charme. Pitchfork trouve le mélange « remarquablement frais et différent de tout ce qui se fait », NPR parle d'un disque à la fois « agression sonore » et « bonbon pop », et le Los Angeles Times le trouve « sale, douloureux à l'oreille », mais peut-être aussi l'album le plus délirant et le plus joyeux de 2010. Slant, Paste et Entertainment Weekly le placent dans leur top 10 de l'année, et Rolling Stone classe « Infinity Guitars » parmi les meilleures chansons de 2010.
Le revers, c'est justement ce volume. Tout est compressé, saturé, poussé au maximum, et même sur 32 minutes, ça fatigue les oreilles autant que ça les réveille. Paste le disait sans détour : un disque totalement dépourvu de subtilité et de retenue, et dans sa bouche c'était un compliment. Tout le monde n'aura pas cette endurance. Mais pour un premier album, Sleigh Bells a trouvé une formule imparable : des mélodies de pop sucrée, jouées à fond, jusqu'à la saturation.
✓ Ce qui fonctionne
- Des riffs de metal, des beats hip-hop et des refrains de cour de récré dans le même morceau
- « Rill Rill » et son sample de Funkadelic, un moment à part au milieu du vacarme
- 32 minutes, onze titres : ça va vite et ça frappe fort
- Un groupe né d'un dîner entre une mère et sa fille, dans un bistrot de Brooklyn
✗ Ce qui ne fonctionne pas
- Un son saturé en permanence qui fatigue vite les oreilles
- Peu de nuances : tout est joué au maximum, tout le temps
« Sleigh Bells a branché des pom-pom girls sur un ampli de metal. Ça sature, ça scande, et c'est terriblement accrocheur. »
🎧 L'album en streaming
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