MASTER OF PUPPETS
Mars 1986 : Metallica sort son troisième album chez Elektra sans single ni clip pour l'annoncer. Le groupe préfère partir cinq mois sur les routes américaines en première partie d'Ozzy Osbourne. Master of Puppets a été enregistré à Copenhague, aux Sweet Silence Studios, avec le producteur Flemming Rasmussen, du 1er septembre au 27 décembre 1985, puis mixé par Michael Wagener. James Hetfield et Lars Ulrich en sont les principaux compositeurs. La pochette, peinte par Don Brautigam, montre un champ de croix blanches reliées à des ficelles, manipulées par deux mains dans un ciel rouge sang : selon Ulrich, elle résume tout le disque, des gens manipulés sans même s'en rendre compte.
Le fil rouge, c'est le contrôle et l'abus de pouvoir. Le morceau-titre, tout en riffs aux mesures tordues, parle d'addiction à la cocaïne. « Disposable Heroes » suit un jeune soldat broyé par ses supérieurs, « Leper Messiah » s'en prend aux télévangélistes, « Welcome Home (Sanitarium) » s'inspire de Vol au-dessus d'un nid de coucou de Ken Kesey. Côté Halloween, « The Thing That Should Not Be » puise dans le mythe de Cthulhu de H. P. Lovecraft, avec des guitares accordées plus bas à la manière de Black Sabbath : c'est le titre le plus lourd du disque. Et « Orion », un instrumental en plusieurs parties, met la basse de Cliff Burton au premier plan.
C'est aussi un disque endeuillé. Le 27 septembre 1986, en pleine tournée européenne, le bus du groupe quitte la route à Dörarp, en Suède, et Cliff Burton est tué sur le coup. Master of Puppets reste son dernier album ; Jason Newsted, venu de Flotsam and Jetsam, prendra sa place. À sa sortie, le disque ne dépasse pas la 29e place du Billboard 200. Il a pourtant été certifié huit fois disque de platine aux États-Unis en 2025 et, en 2015, il est devenu le premier enregistrement metal retenu par la Bibliothèque du Congrès pour son National Recording Registry.
En 2017, Rolling Stone le classe deuxième de ses 100 plus grands albums de metal, juste derrière Paranoid de Black Sabbath. Une nouvelle génération l'a découvert avec la saison 4 de Stranger Things, où Eddie Munson joue le morceau-titre dans le Monde à l'envers. Le public de SensCritique lui accorde 7,6/10 sur 8 705 notes, soit 2💤 : l'étalon du thrash, celui auquel on compare tous les autres.
✓ Ce qui fonctionne
- Une pochette de Don Brautigam qui résume tout le propos
- « The Thing That Should Not Be », Lovecraft en riffs accordés bas
- « Orion », vitrine instrumentale de la basse de Cliff Burton
- Un fil rouge, le contrôle et l'abus de pouvoir, tenu de bout en bout
✗ Ce qui ne fonctionne pas
- Spin, à sa sortie, le trouvait incohérent et lui préférait l'approche moins cérébrale de Kill 'Em All
- Robert Christgau, tout en saluant son énergie, y entendait des clichés de « héros révolutionnaires »
« Un champ de croix tenues par des ficelles et un disque entier sur ceux qui tirent dessus : le jour où le thrash est sorti de la cave sans baisser le volume. »
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