REIGN IN BLOOD
Octobre 1986 : Slayer sort son troisième album chez Def Jam, un label alors surtout connu pour le hip-hop. Rick Rubin, qui a travaillé avec Run-DMC et LL Cool J, le produit au Hit City West de Los Angeles, avec Andy Wallace à la prise de son. C'est sa première expérience professionnelle du metal, et il change tout. Fini les couches de réverbération des disques précédents : le son est sec, découpé, chaque note s'entend. Kerry King dira que ça rendait l'album « bien plus menaçant ». Le line-up historique est au complet : Tom Araya à la basse et au chant, King et Jeff Hanneman aux guitares, Dave Lombardo à la batterie.
Le disque dure 29 minutes. Le groupe ne s'en rend compte qu'au mixage et s'en remet à Rubin, qui répond simplement qu'il y a dix morceaux, des couplets, des refrains et des solos, et que ça fait un album. Tempo moyen : 220 battements par minute. Les structures classiques sautent, les titres s'enchaînent de riff en riff, et l'écart avec le punk hardcore se réduit. Slayer délaisse en partie le satanisme de Hell Awaits pour des thèmes que Tom Araya dit plus « sociaux ».
Le premier titre, « Angel of Death », raconte Josef Mengele et ses expériences à Auschwitz. Columbia, distributeur de Def Jam, refuse de sortir l'album : c'est Geffen qui s'en charge, sans même apposer son logo. Le groupe se défend de toute sympathie nazie, mais les accusations le suivront longtemps. La pochette de Larry Carroll, une scène infernale peinte à la demande de Rubin, ne plaisait pas à tout le monde non plus : « Personne dans le groupe ne voulait de cette pochette », jurait King, quand Araya l'a aimée tout de suite.
Premier album de Slayer à entrer au Billboard 200 (94e), disque d'or en 1992, sixième du classement des plus grands albums de metal de Rolling Stone en 2017. Kerrang! l'a même qualifié d'« album le plus lourd de tous les temps ». En 2004, pour le jouer en entier sur scène, le groupe finissait « Raining Blood » trempé sous une pluie de faux sang. Le public de SensCritique lui donne 7,6/10 sur 2 665 notes, soit 2💤.
✓ Ce qui fonctionne
- Une production de Rick Rubin sans réverbération, sèche et menaçante
- 29 minutes sans un temps mort, à 220 battements par minute de moyenne
- Le line-up historique au complet, Lombardo en démonstration
- « Raining Blood », final devenu rituel sanglant sur scène
✗ Ce qui ne fonctionne pas
- « Angel of Death » et Mengele : une polémique qui a poursuivi le groupe
- Pour Invisible Oranges, un disque « bien moindre que la somme de ses parties »
« Rick Rubin a coupé la réverbération et Slayer a coupé tout le reste : 29 minutes, dix titres, pas une seconde pour respirer. »
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