SEULS, TOME 1 : LA DISPARITION
L'histoire de Seuls commence par une rencontre : Bruno Gazzotti contacte Fabien Vehlmann après avoir lu Green Manor dans Spirou. Le scénariste a déjà une idée en tête et, en 2003, ses quatre piliers s'imposent : une robinsonnade, urbaine pour ne pas trop ressembler à ses modèles comme Sa Majesté des mouches, avec des enfants, et qui ne plonge pas immédiatement dans le drame. Prépubliée dans Spirou, la série arrive en album chez Dupuis en janvier 2006 avec La Disparition, mise en couleurs par Cerise.
Dodji, Leïla, Yvan, Camille et Terry vaquent à leurs occupations, entre jeux vidéo, devoirs, télé, mais aussi solitude, tristesse et angoisses. Le lendemain, Fortville est déserte. Tout le monde a disparu, et il n'y a plus âme qui vive dans les rues, à part ces cinq enfants. Livrés à eux-mêmes, face au danger et à des phénomènes inexpliqués, ils doivent apprendre à survivre ensemble. L'album a l'intelligence de jouer d'abord le vertige, celui d'une ville entière pour soi, avant de laisser l'inquiétude s'installer.
Le cœur du projet est assumé : les auteurs trouvaient qu'il n'y avait pas assez de BD jeunesse sur des sujets graves comme la violence, la mort ou l'alcoolisme, et Vehlmann estime qu'il faut préparer les enfants à la réalité du monde. Il voulait le trait de Gazzotti pour l'action, mais aussi pour une douceur qui empêche l'expérience de devenir traumatisante. C'est exactement ce qui fonctionne : un dessin franco-belge clair et rond, posé sur une histoire qui ne prend pas ses lecteurs pour des bébés. Seule réserve, ce premier tome est une mise en place, qui pose ses mystères bien plus qu'il n'y répond.
Le pari a payé. La Disparition décroche le prix jeunesse 9-12 ans du festival d'Angoulême 2007, chaque tome est tiré à près de 100 000 exemplaires pour son premier tirage, et la série dépassait déjà les 2 millions d'exemplaires vendus selon Le Parisien en 2018. David Moreau a porté les cinq premiers tomes au cinéma en 2017. Le public de SensCritique accorde 7,2/10 à ce premier tome (3 449 notes), soit 2💤. Une série d'aventure fantastique qui sait faire peur sans jamais oublier à qui elle parle.
✓ Ce qui fonctionne
- Un point de départ glaçant : une ville entière vidée de ses adultes
- Cinq enfants aux caractères bien dessinés
- Une BD jeunesse qui ose les sujets graves
- Le trait clair de Gazzotti, qui fait passer la noirceur
✗ Ce qui ne fonctionne pas
- Un premier tome de mise en place, avare en réponses
- Une tension calibrée pour les 9-12 ans, moins prenante pour un adulte
« Une ville vide, cinq enfants et plus aucun adulte pour dire que tout va bien se passer : Seuls fait peur sans jamais oublier à qui il parle. »
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