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MOI, CE QUE J'AIME, C'EST LES MONSTRES, LIVRE PREMIER

EMIL FERRIS • 2017
MOI, CE QUE J'AIME, C'EST LES MONSTRES, LIVRE PREMIER
💤 SOPORIFIQUE2/5
LE CHEF-D'ŒUVRE AU STYLO BIC

Il y a une histoire derrière ce livre, et elle est presque aussi forte que lui. En 2002, à 40 ans, Emil Ferris, illustratrice freelance qui dessinait des jouets, contracte le virus du Nil occidental ; elle reste paralysée et perd l'usage de sa main droite. Elle réapprend à dessiner en travaillant sur ce qui deviendra Moi, ce que j'aime, c'est les monstres. Il lui faut six ans, à partir de 2010, pour achever le manuscrit, puis 48 refus avant que Fantagraphics ne l'accepte et ne coupe en deux un livre de 700 pages.

Karen Reyes a dix ans, vit à Chicago à la fin des années 1960 et adore les monstres, au point de se voir en loup-garou. Quand sa voisine Anka Silverberg, rescapée de la Shoah, est retrouvée morte dans des circonstances troubles, elle mène l'enquête, et chaque piste déterre une histoire enfouie. Le livre se présente comme le journal intime de Karen, tenu sur un cahier à spirale, et c'est là que tout se joue : dessiné principalement au stylo à bille Bic, sans les cases habituelles, entrecoupé de fausses couvertures de magazines d'horreur inspirées des EC Comics, il ne ressemble à rien d'autre.

L'épouvante, ici, est un langage plus qu'un genre. Les monstres de Karen sont des refuges, et les vrais monstres sont humains : la bigoterie, la violence, les manifestations brutalisées par la police dans les années 1960 que Ferris a connues. C'est dense, exigeant, parfois étouffant, et la lecture demande du temps, chaque page étant un tableau qu'on a envie de détailler. Surtout, ce Livre premier s'arrête en plein élan, et il aura fallu attendre 2024 pour lire la suite.

Les récompenses ont suivi : trois Eisner en 2018, dont celui du meilleur album, le Fauve d'or au festival d'Angoulême 2019, puis en 2024 le prix de l'ACBD du meilleur album des vingt dernières années. La version française, parue en 2018 chez Monsieur Toussaint Louverture, s'est vendue à 160 000 exemplaires. Le public de SensCritique lui accorde 8,1/10 (3 157 notes), soit 2💤. Détail cruel : l'éditeur voulait le sortir le 31 octobre 2016, pour Halloween, mais le bateau qui transportait le tirage est resté bloqué au canal de Panama après la faillite de son armateur.

✓ Ce qui fonctionne

  • Un dessin au stylo Bic d'une richesse sidérante
  • Une enquête d'enfant qui déterre les horreurs du passé
  • Les monstres comme refuge, les humains comme vraie menace
  • Une forme de journal intime qui ne ressemble à rien d'autre

✗ Ce qui ne fonctionne pas

  • Une lecture dense et exigeante, qui demande du temps
  • Un premier livre qui s'arrête en plein élan
« Chez Emil Ferris, les monstres sont des refuges et les humains la vraie menace : un journal intime au stylo Bic qui a tout raflé, de l'Eisner au Fauve d'or. »
— RHYNO, critique en chef de ZZZPOP

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