JOY AS AN ACT OF RESISTANCE
IDLES est né à Bristol en 2009 et a passé huit ans à roder ses concerts avant de sortir un premier album. Autour de Joe Talbot au chant : Mark Bowen et Lee Kiernan aux guitares, Adam Devonshire à la basse, Jon Beavis à la batterie. Après Brutalism, sorti en 2017, la pression est énorme, et Talbot l'a reconnu : le groupe a d'abord essayé de refaire le même disque, avant de tout jeter pour repartir de zéro. Le titre s'inspire d'un poème de Toi Derricotte, « Joy Is an Act of Resistance » : la joie comme acte de résistance. Tout un programme pour un groupe qui joue aussi fort.
Car Joy as an Act of Resistance ne ressemble pas à ce qu'on attend d'un disque punk. Les guitares tranchent, la batterie martèle (Record Collector parlait d'un son de tôle tordue qu'on redresse au marteau) et Joe Talbot aboie plus qu'il ne chante. Mais ce qu'il aboie, c'est de la tendresse. L'album s'attaque à la masculinité toxique, au Brexit, aux classes sociales, et parle d'amour, y compris de l'amour de soi. « Danny Nedelko », du nom d'un ami du chanteur, fait de l'immigration une chanson d'amitié à reprendre en chœur.
Et puis il y a « June », le morceau le plus poignant du disque : Talbot y parle de sa fille Agatha, morte à la naissance. Le genre de chanson qu'on n'écoute pas tous les jours, mais qu'on n'oublie pas. Plus loin, le groupe s'offre une reprise de « Cry to Me », le tube de Solomon Burke, et glisse un clin d'œil à « These Boots Are Made for Walkin' » dans « Never Fight a Man with a Perm ». Même la pochette résume tout : une bagarre générale dans un mariage en 1968, une photo dénichée par Talbot sur Instagram, avec « JOY » écrit en paillettes dorées par-dessus.
Produit par Space (Paul Frazer), mixé par Nick Launay et Adam Greenspan, le disque décroche la 5e place des charts britanniques, un disque d'argent et une nomination au Mercury Prize 2019. À sa sortie, The Guardian qualifiait IDLES de groupe « le plus nécessaire » de Grande-Bretagne. Seul bémol, relevé par The Skinny : des morceaux qui finissent par se ressembler. Douze titres, 42 minutes, et une évidence : c'est rare, un disque qui crie aussi fort pour dire qu'il faut s'aimer.
✓ Ce qui fonctionne
- Des guitares qui cognent et un chanteur qui aboie… pour parler de tendresse
- « Danny Nedelko », une chanson sur l'immigration à reprendre en chœur
- « June », sur la mort de la fille du chanteur : bouleversant
- Douze titres, 42 minutes, pas une once de gras
✗ Ce qui ne fonctionne pas
- Un chant hurlé qui ne laisse aucun répit : pas le disque d'une soirée tranquille
- Des morceaux qui finissent par se ressembler, reproche formulé par The Skinny
« IDLES crie plus fort que tout le monde, et c'est pour parler d'amour. Le punk n'avait jamais fait d'aussi beaux câlins. »
🎧 L'album en streaming
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