RATATAT
Mike Stroud et Evan Mast se rencontrent à l'université, au Skidmore College, et commencent à jouer ensemble en 2001 sous le nom de Cherry. Stroud a déjà roulé sa bosse comme guitariste de tournée pour Dashboard Confessional et Ben Kweller ; Mast, lui, bidouille de l'électro dans son coin, sous le nom d'E*vax. Le duo devient Ratatat, sort en 2003 un premier single, « Seventeen Years », sur Audio Dregs, le label de Mast et de son frère, puis signe chez XL Recordings. L'album paraît en avril 2004.
Tout a été enregistré entre juillet 2001 et mai 2003 dans l'appartement de Mast, à Crown Heights, un quartier de Brooklyn, sur son ordinateur portable. Et le principe est simple : pas de chant. Les mélodies passent par des nappes de guitares et de synthés superposées, posées sur des beats lourds qui doivent autant au hip-hop qu'à l'électro. Les seules voix sont de courts extraits du rappeur local Young Churf, qui ouvre le disque en se vantant de rapper « depuis environ 17 ans » ; le premier morceau s'appelle justement « Seventeen Years ». « El Pico » sort un vieil accordéon, « Spanish Armada » un cor d'harmonie, et « Cherry » rend hommage au premier nom du groupe.
Pitchfork, qui lui donnait 8,4/10, entendait du Queen dans ces guitares (« Desert Eagle » finit en hymne de stade digne de Brian May) et résumait l'affaire d'une formule : ça déchire comme Jimi Hendrix et ça groove comme Dr. Dre. Le grand public, lui, l'a découvert sans le savoir. « Seventeen Years » a servi de fond sonore à une pub pour le Hummer H2, au défi de la barre transversale de l'émission anglaise Soccer AM et à la fête de Rob dans Cloverfield, tandis que « Bustelo » accompagnait des pubs Jaguar en 2006. Ratatat a tourné avec Interpol, Björk, les Killers ou Daft Punk, et croisé MGMT sur « Pursuit of Happiness », de Kid Cudi.
Le revers de la médaille : sans voix ni refrain, les onze titres finissent par se fondre les uns dans les autres, et Pitchfork lui-même pointait un risque de claustrophobie dans ces couches d'harmonies saturées. 45 minutes de guitares empilées, c'est beaucoup d'un coup. Mais rares sont les disques instrumentaux qu'on a autant envie de fredonner.
✓ Ce qui fonctionne
- Des mélodies de guitare qui restent en tête, sans une parole
- « Seventeen Years », entendu de Cloverfield aux pubs Hummer
- Du rock de stade et des beats hip-hop, faits dans un appartement de Brooklyn
- Des touches inattendues : accordéon, cor d'harmonie, voix de rappeur en interlude
✗ Ce qui ne fonctionne pas
- Sans chant ni refrain, les titres finissent par se ressembler
- Des couches de guitares si denses qu'elles peuvent étouffer, risque pointé par Pitchfork
« Pas un mot chanté, et pourtant on fredonne tout : Ratatat a fait chanter les guitares à la place des voix. »
🎧 L'album en streaming
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