SHRINES
Corin Roddick et Megan James se connaissent depuis l'adolescence et fréquentent la scène musicale d'Edmonton, au Canada. À la fin des années 2000, Roddick produit ses propres morceaux mais ne veut pas les chanter. Il envoie une instrumentale par e-mail à James, qui y écrit des paroles et pose sa voix : ce sera « Ungirthed », mis en ligne en janvier 2011. Les blogs musicaux s'emballent, on les compare à The Knife et à Burial, et le label 4AD signe le duo.
Shrines s'enregistre de la même façon, à distance : James vit à Halifax, Roddick à Montréal, et les morceaux font l'aller-retour par e-mail pendant des mois. Roddick bâtit tout dans Ableton Live, avec des voix ralenties et déformées, des synthés qui se creusent au rythme d'une grosse caisse invisible et des rythmes venus du R&B et du hip-hop (il cite Janet Jackson et Soulja Boy). Le but, explique-t-il, est de creuser de grands espaces vides dans le son. Par-dessus, James chante d'une voix enfantine des paroles qu'on a comparées aux contes des frères Grimm : l'histoire de jeunes sorcières qui grandissent et apprennent à se protéger dans un monde sans hommes, avec des images franchement gore. Les titres sont des mots-valises (« Fineshrine », « Lofticries », « Belispeak »), et celui de l'album vient d'un vers d'« Obedear ».
À sa sortie, en juillet 2012, Shrines entre à la 32e place du Billboard 200, décroche le label « Best New Music » de Pitchfork et une nomination au prix Polaris, au Canada. « Fineshrine » se retrouve dans la série Skins, et « Obedear » devient le générique de la série Search Party. En 2015, Pitchfork voyait dans l'album la capsule temporelle du son de 2012 et 2013, et Megan James dit avoir entendu « sans arrêt », depuis, des artistes imiter leur style.
Le revers de cette formule, c'est la répétition. PopMatters regrettait que des morceaux trop familiers finissent par gâcher la beauté des images, et Slant Magazine trouvait que la voix de « Manic Pixie Dream Girl » de James affaiblissait la noirceur du propos. Sur 38 minutes, les titres finissent par se ressembler un peu. Mais le contraste reste saisissant : une voix de comptine, des paroles de film d'horreur et une production d'une précision rare pour un disque fait à distance.
✓ Ce qui fonctionne
- Une voix d'enfant sur des paroles gore : un contraste saisissant
- Des beats hip-hop lents, des synthés qui respirent, une production au cordeau
- « Fineshrine » et « Obedear », passés de Skins à Search Party
- Un album enregistré par e-mail entre Halifax et Montréal
✗ Ce qui ne fonctionne pas
- Des morceaux qui finissent par se ressembler
- La voix très aiguë de Megan James, qui peut agacer (reproche de Slant Magazine)
« Purity Ring a fait chanter des contes de Grimm par une voix de comptine. Doux, gore et hypnotique. »
🎧 L'album en streaming
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