1000 GECS
Dylan Brady et Laura Les ont grandi à quelques kilomètres l'un de l'autre, dans la banlieue de St. Louis, dans le Missouri. L'idée de faire de la musique ensemble naît lors d'une fête en 2012, et pendant l'hiver 2015, ils enregistrent dans l'appartement de Laura à Chicago un premier EP, sorti l'année suivante. Puis chacun mène sa carrière de son côté, jusqu'en janvier 2019 : on les invite à jouer ensemble au Minecraft Fire Festival, un festival virtuel où les joueurs se retrouvent sur un serveur du jeu pour écouter des DJ. Ils écrivent des morceaux exprès pour l'occasion, s'amusent beaucoup, et continuent.
Brady est à Los Angeles, Les à Chicago : 80 % de l'album se fait par e-mail, chacun ajoutant un élément au fichier de l'autre, sans jamais vraiment discuter de ce qu'ils veulent faire. Laura Les enregistre ses voix dans son placard et les accélère systématiquement vers l'aigu, façon nightcore, parce que sa dysphorie de genre l'empêchait d'écouter sa propre voix. Le résultat, Brady le compare lui-même à une compilation : des beats trap saturés jusqu'à la destruction, des voix emo, de la trance, du ska, de l'europop, un final de « 800db Cloud » inspiré par le groupe de death metal Cannibal Corpse et un clin d'œil à Soulja Boy. Le tout en 23 minutes. Le single, « Money Machine », démarre sur une voix de chipmunk qui nargue un macho au pick-up trop petit, un personnage inspiré, selon Les, de la série King of the Hill et des types qu'elle a connus à St. Louis.
Selon le New York Times, c'est le clip de « Money Machine » qui braque les projecteurs sur le duo, et l'un de ses critiques, Jon Caramanica, classe 1000 gecs numéro un de ses albums de 2019. Pitchfork y entend « l'un des albums de pop expérimentale les plus fascinants et grisants de l'année ». Le duo publie gratuitement les instrumentales et les pistes séparées du disque, et un album de remix suit en 2020, avec Charli XCX parmi les invités. Le sapin de la pochette, planté dans un parc de bureaux près de l'aéroport O'Hare de Chicago, est devenu un lieu de pèlerinage pour les fans. Et l'hyperpop elle-même doit sa popularité à ce disque, considéré comme son premier album grand public.
Évidemment, ce n'est pas pour toutes les oreilles. Les voix suraiguës, les basses qui saturent et les changements de style d'un morceau à l'autre, voire en plein morceau, en font un disque épuisant, qui peut passer pour une blague. AllMusic le décrivait comme « nerveux, ridicule, toujours en court-circuit », tout en y voyant un produit pop parfaitement maîtrisé. C'est tout le paradoxe 100 gecs : un chaos qui a l'air improvisé, mais où chaque explosion tombe au bon endroit. Et en 23 minutes, il n'a pas le temps de lasser.
✓ Ce qui fonctionne
- Trap, ska, emo, trance, europop : tout y passe, et ça tient debout
- « Money Machine », sa voix de chipmunk et son pick-up trop petit
- 23 minutes chrono, pas le temps de s'ennuyer
- Le disque qui a fait connaître l'hyperpop, rien que ça
✗ Ce qui ne fonctionne pas
- Des voix suraiguës et des basses saturées franchement épuisantes
- Un humour potache qui peut faire passer le disque pour une blague
« 100 gecs a mis toute la pop dans un mixeur et appuyé sur le bouton le plus fort. 23 minutes plus tard, l'hyperpop débarquait dans la cour des grands. »
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