MERCURIAL WORLD
Mica Tenenbaum et Matthew Lewin se rencontrent à 15 ans à Miami, lors d'un concert organisé par leur programme de musique extrascolaire. Elle rejoint son groupe, Tabula Rasa, du rock progressif nourri de Yes, Genesis et King Crimson. Deux albums plus tard, le groupe se sépare pour cause d'études. Les deux amis se retrouvent ensuite avec une autre envie, faire de la pop, sous l'influence de Fiona Apple, St. Vincent ou Grimes. Magdalena Bay naît en 2016, s'installe à Los Angeles deux ans plus tard et tourne ses clips sur fond vert dans son appartement, jusqu'à se forger un public culte et signer chez Luminelle.
En mars 2020, les concerts prévus pour accompagner leur EP, en première partie de Kero Kero Bonito et de Yumi Zouma, sont annulés par le confinement. Lewin, suspendu par son employeur, a soudain du temps : le duo s'enferme dans son home studio et écrit, produit, enregistre, mixe et masterise tout lui-même. En faisant la liste des chansons, ils remarquent qu'elles parlent presque toutes du temps qui passe et du vertige face à l'univers, le fruit, disent-ils, de leur crise du quart de vie. Musicalement, c'est de la synth-pop gorgée de références : la pop des années 80 et 90, le disco, l'EDM, l'hyperpop, MGMT, Grimes, Charli XCX ou Caroline Polachek. « The End » ouvre le disque en citant « Material Girl » de Madonna, « Secrets (Your Fire) » s'inquiète de tout ce qu'on partage en ligne sur une basse funk des années 70, et « You Lose! » raconte une rupture à coups de sons de jeux vidéo, jusqu'au game over.
Le disque est pensé comme une boucle : « The Beginning », le dernier titre, s'achève sur la voix de Mica qui murmure « Matt, Matt », et l'album recommence sur ce même murmure avant un « Wake up! » crié. « Chaeri », écrit après avoir vu Uncut Gems et écouté « L'amour toujours » de Gigi D'Agostino, parle d'une amie qu'on laisse tomber quand elle va mal. Autour des chansons, le duo construit tout un univers rétro et Y2K : un clip à l'intérieur d'un vieil ordinateur des années 2000, un jeu vidéo à la Galaga, un site internet plein de GIF. Paste l'a rangé en 2024 parmi les 25 meilleurs premiers albums des années 2020, et Pitchfork, PopMatters ou Rob Sheffield, de Rolling Stone, l'avaient cité dans leurs bilans de 2021.
Les critiques ont tout de même tiqué sur un point : les paroles. Pitchfork les trouvait plus convenues que la production, Exclaim! parlait de textes vagues, comme provisoires, et le Guardian les jugeait souvent noyées sous un son trop traité. Beats Per Minute regrettait aussi un album qui ne monte jamais vraiment en ébullition, plus fait pour danser dans sa chambre qu'en boîte. C'est vrai : Mercurial World brille plus par ses détails que par ses explosions. Mais pour un premier album fait à deux, enfermés pendant une pandémie, c'est tout un monde.
✓ Ce qui fonctionne
- Une synth-pop ultra-soignée, pleine de changements de tonalité et de tempo
- « Chaeri », « Secrets (Your Fire) », « You Lose! » : des tubes malins et attachants
- Un album-boucle qui se termine là où il commence
- Tout un univers rétro et Y2K construit autour des chansons
✗ Ce qui ne fonctionne pas
- Des paroles moins inspirées que la production, reproche partagé par Pitchfork, Exclaim! et le Guardian
- Un disque qui ne monte jamais vraiment en ébullition
« Magdalena Bay a mis sa crise existentielle en synthés et en paillettes. Le temps passe, et on relance la boucle. »
🎧 L'album en streaming
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