MASSACRE À LA TRONÇONNEUSE
Texas, août 1973. Sally, son frère Franklin, cloué dans un fauteuil roulant, et trois amis traversent la campagne en minibus, embarquent un auto-stoppeur franchement inquiétant, tombent à court d'essence et finissent par frapper à la porte de la mauvaise ferme. Derrière, Leatherface, colosse muet au masque de peau, et sa famille de cannibales. Tobe Hooper et son coscénariste Kim Henkel s'inspirent en partie des crimes d'Ed Gein, le tueur du Wisconsin qui avait déjà nourri Psychose, et le générique d'ouverture présente le tout comme une histoire vraie. C'est faux, et ce mensonge publicitaire a largement porté le succès du film.
Le tournage tient de l'épreuve d'endurance. Moins de 140 000 dollars de budget, de la pellicule 16 mm, quatre semaines de juillet à août 1973 avec des pointes à 43 °C, des journées de 12 à 16 heures, sept jours sur sept. Gunnar Hansen n'a qu'un seul costume, qu'on n'ose pas laver, et porte le masque toute la journée ; la ferme est meublée d'os d'animaux recouverts de latex. La scène du dîner, Sally ligotée sur sa chaise, demande à elle seule environ 26 heures de tournage. Hooper limitait le gore à l'écran en espérant décrocher une classification PG. Raté, mais c'est toute la force du film : la critique a souvent souligné qu'il terrifie sans déluge de sang, au son d'une tronçonneuse qui remplace la musique.
En France, le film tient une semaine à l'affiche en 1974, sans visa, avant que la censure ne s'en mêle. Classé X pour incitation à la violence en 1976, il reste bloqué pendant des années et ne sort qu'en mai 1982, interdit aux moins de 18 ans. Entre-temps, il a reçu le Prix de la critique au festival d'Avoriaz en 1976. Aux États-Unis, il dépasse les 30 millions de dollars de recettes. Leatherface installe une grammaire que tout le slasher reprendra : un tueur massif et masqué, des outils de tous les jours comme armes, une dernière survivante. Le film entre au National Film Registry en 2024.
Le public de SensCritique lui accorde 7,2/10 sur plus de 22 000 notes, soit 2💤. Ce qui coince : un dernier acte fait de hurlements quasi ininterrompus, qui épuise autant qu'il effraie, et une image crasseuse qui rebutera les amateurs d'horreur léchée. Mais c'est exactement l'effet recherché.
✓ Ce qui fonctionne
- Une tension qui ne relâche jamais, sans presque rien montrer
- Leatherface, figure fondatrice du slasher
- L'image 16 mm et le son crasseux, d'un réalisme dérangeant
- La scène du dîner, cauchemar éveillé
✗ Ce qui ne fonctionne pas
- Un dernier acte de cris en continu qui épuise
- Une esthétique brute qui rebutera les amateurs d'horreur léchée
« Une tronçonneuse à la place de la musique, un mensonge à la place d'une affiche : avec trois fois rien, Tobe Hooper a inventé le cauchemar moderne. »
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