PORNOGRAPHY
En 1982, Robert Smith n'est pas au mieux. Deux cents jours de tournée par an, une dépression, et un choix qu'il formule lui-même sans fard : tout lâcher, ou en faire un disque pour se l'extirper. Il veut le disque ultime, celui qui envoie tout balader, avant de mettre fin au groupe. The Cure change de producteur, prend Phil Thornalley, et s'installe aux RAK Studios. Sur place, beaucoup de drogues, du LSD, de l'alcool livré chaque soir par le marchand du coin, des bouteilles vides empilées en montagne, et un groupe qui dort dans les bureaux de sa maison de disques pour économiser. Le titre fait tiquer Polydor, qui le trouve potentiellement choquant.
Le NME parle d'une « unité meurtrière » de batterie, guitares et voix, et résume : « Phil Spector en enfer ». « Cold » reçoit selon Trouser Press le traitement gothique complet, orgue en mode mineur compris, quand la chanson-titre lorgne vers les bandes bruitistes de Cabaret Voltaire. Smith cite en référence le premier album des Psychedelic Furs et Siouxsie and the Banshees, le groupe qui l'a mené vers Pornography. Sur scène, l'image se fixe : cheveux en pétard, noir partout, et du rouge à lèvres étalé autour des yeux et de la bouche, qui fond sous les projecteurs comme si le groupe venait de se faire frapper.
À sa sortie, le 3 mai 1982, la critique fait la grimace. Rolling Stone compare le disque à une rage de dents, plus pénible par sa monotonie que par sa douleur, Christgau conseille à Smith de se dérider, Sounds trouve le tout pompeux. Le public, lui, le hisse à la 8e place britannique, meilleur résultat du groupe jusque-là. La tournée tourne à la bagarre entre Smith et Simon Gallup après un concert à Strasbourg, Gallup quitte le groupe et The Cure part vers une new wave bien plus lumineuse. Avec le temps, Spin y voit un sommet du gothique, le NME l'album qui l'a peut-être inventé, et Deftones comme System of a Down le citent. AllMusic garde une réserve : trop inégal pour être un classique.
Le public de SensCritique lui accorde 7,9/10 (3 957 notes), soit 2💤. À écouter dans le noir, mais pas forcément seul.
✓ Ce qui fonctionne
- Une densité sonore étouffante, « Phil Spector en enfer » pour le NME
- Le disque qui fixe l'image du groupe et du rock gothique
- Une sincérité brute sur la dépression de Robert Smith
- Une influence revendiquée par Deftones et System of a Down
✗ Ce qui ne fonctionne pas
- Des paroles jugées complaisantes et adolescentes par la presse de 1982
- Trop inégal pour être un classique, selon AllMusic
« Le disque de rupture le plus réussi de l'histoire : The Cure a rompu avec la lumière. »
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