SUSPIRIA
Fribourg-en-Brisgau, une nuit d'orage. Suzy Bannion, jeune danseuse américaine, débarque pour intégrer une prestigieuse académie de ballet. Sur le perron, une élève s'enfuit en criant une mise en garde que la pluie couvre ; quelques heures plus tard, elle est sauvagement assassinée. Dans l'école, rien ne tourne rond : une cuisinière inquiétante, des larves qui pleuvent du plafond, une directrice que personne n'a jamais vue. Dario Argento, maître du giallo, s'aventure ici pour la première fois sur le terrain du surnaturel, avec le premier volet de sa trilogie des Trois Mères, avant Inferno et La Troisième Mère.
Avec sa compagne Daria Nicolodi, il écrit le scénario en partant de Suspiria de Profundis, de Thomas De Quincey, et en y mêlant des contes comme Barbe bleue ou Alice au pays des merveilles. L'héroïne est calquée sur Blanche-Neige, et les élèves devaient d'abord être des fillettes, idée abandonnée devant les réticences des producteurs. Argento garde son script et fait surélever les poignées de porte, pour que les actrices les ouvrent comme des enfants. Jessica Harper, repérée dans Phantom of the Paradise de Brian De Palma, refuse un rôle dans Annie Hall pour devenir Suzy. Sur le plateau, Argento diffuse à plein volume la musique de Goblin, composée avant le tournage. Et la photo de Luciano Tovoli, saturée de couleurs primaires, en fait la dernière grande production tirée selon le procédé Technicolor par transfert de colorants.
Sorti en Italie le 1er février 1977, le film y réunit près de 3,7 millions de spectateurs, moins pourtant que Les Frissons de l'angoisse. C'est à l'étranger qu'il rend Argento célèbre : en France, ses quelque 310 000 entrées en font son plus grand succès. La critique de l'époque est mitigée, mais le temps a tranché : Suspiria est désormais tenu pour l'un des films les plus influents du genre, au point d'avoir inspiré une nouvelle version signée Luca Guadagnino en 2018. C'est aussi le dernier rôle de Joan Bennett, glaçante en directrice adjointe.
Le public de SensCritique lui accorde 7,6/10 sur près de 17 000 notes, soit 2💤. Ce qui coince : un jeu d'acteurs outré, et une intrigue mince comme un chausson de danse, qui s'efface souvent derrière les effets. Mais on ne vient pas pour l'histoire : on vient se noyer dans les couleurs et le vacarme de Goblin.
✓ Ce qui fonctionne
- Une photo saturée de rouges et de bleus, unique en son genre
- La musique de Goblin, obsédante
- Des meurtres mis en scène comme des tableaux
- Une ambiance de conte de fées qui a mal tourné
✗ Ce qui ne fonctionne pas
- Un jeu d'acteurs outré
- Une intrigue mince, éclipsée par les effets
« Blanche-Neige chez les sorcières, avec Goblin à fond dans les enceintes : Argento a peint la peur au pinceau, et à grands coups de rouge. »
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