NOSFERATU LE VAMPIRE
En 1838, dans le port imaginaire de Wisborg, le jeune clerc Thomas Hutter quitte sa femme Ellen pour la Transylvanie : un certain comte Orlock veut acheter une maison en ville. Au château, le client tombe en arrêt devant une miniature d'Ellen, signe l'acte, puis prend la mer avec ses cercueils remplis de terre. À bord, des rats ; à l'arrivée, la peste. Et seule Ellen semble comprendre ce qui vient de débarquer.
Le comte Orlock, c'est Dracula avec de faux papiers. Albin Grau et Enrico Dieckmann fondent Prana Film en 1921 pour produire du fantastique, mais ne paient pas les droits du roman de Bram Stoker. Le scénariste Henrik Galeen change les noms, installe l'action dans le nord de l'Allemagne et invente la peste apportée par les rats. Ça ne suffit pas : Florence Stoker, la veuve de l'écrivain, attaque, et un jugement de 1925 ordonne la destruction de toutes les copies. Il en survivra assez pour que le film ne meure jamais. Prana, elle, fait faillite : Nosferatu restera son unique production.
Murnau tourne à partir de juillet 1921 dans les rues bien réelles de Wismar et de Lübeck, et va chercher sa Transylvanie dans les Carpates slovaques, au château d'Orava. Ses frissons sont artisanaux : image en négatif pour la calèche, image par image pour le vampire qui sort du bateau. Et surtout Max Schreck, oreilles pointues, dents de rat, corps squelettique aux épaules voûtées, gestes raides et lents. Son nom veut dire « peur » en allemand, et la légende d'un acteur vraiment vampire a si bien pris qu'un film entier, L'Ombre du vampire, l'a reprise en 2000. Son ombre sur le mur de l'escalier reste l'une des scènes les plus mémorables de l'expressionnisme allemand.
Le vampire de Stoker se promenait à Londres en plein jour ; celui de Murnau, la lumière du jour suffit à le tuer. Les surréalistes s'y rendent en « grande cérémonie » en 1929, Werner Herzog l'a refait en 1979, Robert Eggers en 2024, et le film est entré dans le domaine public mondial en 2019. Le public de SensCritique lui accorde 7,7/10 sur 16 379 notes, soit 2💤. Le rythme du muet demande un temps d'adaptation, mais peu de films de vampires ont fait aussi peur avec aussi peu.
✓ Ce qui fonctionne
- Max Schreck, silhouette de rat devenue icône du cinéma
- Des décors réels, de Wismar aux Carpates, plus inquiétants qu'un studio
- Des trucages artisanaux, négatif et image par image, qui font encore leur effet
- Le carton « Passé le pont, les fantômes vinrent à sa rencontre », culte chez les surréalistes
✗ Ce qui ne fonctionne pas
- Le rythme du muet et des intertitres, qui demande un temps d'adaptation
- Gare aux copies accélérées en noir et blanc : seule une restauration teintée lui rend justice
« Dracula sans les droits, la peste en prime et une ombre dans l'escalier : un siècle plus tard, Orlock n'a toujours pas quitté Wisborg. »
📺 Où le regarder
En abonnement
Cultpix, Bloodstream
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