LE MASQUE DU DÉMON
Mario Bava a longtemps travaillé dans l'ombre des autres : directeur photo des deux Hercule de la Galatea, il a dirigé en partie, sans être crédité, Caltiki et The Giant of Marathon. Le patron du studio, Lionello Santi, lui offre enfin un film à lui. Le Dracula de la Hammer vient de cartonner, Bava choisit donc l'horreur et part d'une nouvelle de Gogol, « Vij ». Après le passage d'une armée de scénaristes, il reconnaîtra qu'il ne restait absolument rien du texte. Reste une sorcière, Asa, exécutée dans la Moldavie du XVIIe siècle, qui revient deux siècles plus tard se venger de ses descendants.
Santi voulait de la couleur, Bava impose le noir et blanc : ses métamorphoses à vue reposent sur des rides tracées au crayon rouge sur le visage de Barbara Steele, invisibles sous une lumière rouge, qui surgissent quand on monte des projecteurs verts. Steele tient le double rôle de la sorcière Asa et de Katia, avec, selon Bava, « le visage parfait » pour ses films. Son père, Eugenio Bava, fabrique le masque de Satan hérissé de pointes qu'on cloue sur le visage d'Asa, et fait renaître ses orbites vides avec de la soupe de tomate, du riz et des œufs pochés. La commission italienne de contrôle des scénarios jugeait qu'à côté de ce script bourré de sorcières, de vampires et de squelettes, Dracula ressemblait à un spectacle pour enfants.
En Italie, la critique le massacre et les recettes restent modestes. Mais les Cahiers du cinéma saluent un auteur à « l'âme de peintre », et aux États-Unis, rebaptisé Black Sunday, raboté de ses scènes les plus violentes et remusiqué par Les Baxter, il devient le plus gros succès d'American International Pictures en cinq ans. Le Royaume-Uni l'interdit, le sort en 1968 et ne le montre intact qu'en 1992. Là où Psychose suggérait sa violence, Bava la montre frontalement, et le giallo, Dario Argento, Lucio Fulci ou Tim Burton s'en souviendront. Le hic : un scénario rafistolé en plein tournage, où Asa est tour à tour sorcière, satanique ou vampire, assez puissante pour faire sauter son tombeau mais qui reste sagement dedans.
Sur TMDB, 7,4/10 pour 610 votes : 2💤. Le baptême du feu de l'horreur gothique italienne, et la naissance d'une icône aux yeux immenses.
✓ Ce qui fonctionne
- Un noir et blanc somptueux, tout en clair-obscur
- Barbara Steele dans un double rôle
- Des trucages artisanaux d'une inventivité folle
- Une violence frontale, rare pour 1960
✗ Ce qui ne fonctionne pas
- Une intrigue rafistolée pendant le tournage
- Des personnages expédiés au profit des images
« Un masque à pointes, des œufs pochés et du génie : la recette de toute l'horreur italienne. »
📺 Où le regarder
Aucune offre de streaming, de location ni d'achat connue en France au 06/11/2026, selon JustWatch.
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