ROSEMARY'S BABY
Manhattan, 1965. Rosemary et Guy Woodhouse, jeunes mariés, s'installent pour un loyer modique au Bramford, un vieil immeuble à la réputation sinistre. Lui rêve de percer comme acteur, elle rêve d'un bébé. Leurs voisins de palier, Roman et Minnie Castevet, un couple âgé, les prennent sous leur aile. Puis Rosemary tombe enceinte et tout se met à sentir le soufre : un médecin réputé qui minimise ses douleurs, des attentions de plus en plus étouffantes, la carrière de Guy qui décolle soudain. Est-elle en train de perdre pied, ou victime d'une conspiration ? Le film tient tout entier dans cette question.
Roman Polanski adapte le roman d'Ira Levin paru en 1967, pour son premier film hollywoodien. Selon François Truffaut, Alfred Hitchcock s'était vu proposer le projet avant lui et l'avait décliné. Polanski boucle un scénario de 272 pages en trois semaines environ, collé au livre jusque dans ses dialogues. Robert Redford refuse le rôle de Guy, qui revient à John Cassavetes, et Mia Farrow devient Rosemary. Les façades du Bramford sont celles du Dakota Building, à New York, mais les intérieurs sont tournés dans les studios Paramount, à Los Angeles. Pour la scène où Rosemary, hagarde, s'avance sur la Cinquième Avenue, Farrow marche au milieu de la vraie circulation, Polanski derrière elle caméra à l'épaule, en lui assurant que personne ne renverse une femme enceinte.
Le tournage a ses coulisses tordues : en plein milieu, Frank Sinatra fait remettre à Farrow ses papiers de divorce devant toute l'équipe. Au téléphone, la voix d'un acteur frappé de cécité est celle de Tony Curtis, qu'on s'est bien gardé de lui annoncer pour que son trouble soit vrai. Et c'est Farrow elle-même qui fredonne la berceuse du générique, composée par Krzysztof Komeda. Sorti en juin 1968, le film rapporte plus de 30 millions de dollars aux États-Unis. Ruth Gordon, irrésistible en voisine envahissante, décroche l'Oscar et le Golden Globe du meilleur second rôle féminin. Le film entre au National Film Registry en 2014.
Le public de SensCritique lui accorde 7,6/10 sur plus de 21 000 notes, soit 2💤. Ce qui coince : plus de deux heures pour une horreur presque entièrement suggérée, de quoi frustrer ceux qui viennent pour sursauter. Mais c'est justement là que Polanski frappe le plus fort : dans une cuisine, au bout d'un fil de téléphone, ou dans une mousse au chocolat offerte par des voisins un peu trop attentionnés.
✓ Ce qui fonctionne
- Mia Farrow, de tous les plans, fragile et obstinée
- Ruth Gordon, voisine envahissante oscarisée
- Une paranoïa qui naît des gestes les plus ordinaires
- La berceuse du générique, qui hante longtemps
✗ Ce qui ne fonctionne pas
- Plus de deux heures, au rythme volontairement lent
- Une horreur presque entièrement suggérée, frustrante pour les amateurs de sursauts
« Pas de monstre, pas de sang : juste un appartement, des voisins aux petits soins et une femme enceinte que personne n'écoute. C'est bien pire. »
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