CARRIE AU BAL DU DIABLE
Carrie White, lycéenne timide et solitaire, est le souffre-douleur de sa classe. Le jour où ses premières règles la surprennent sous la douche des vestiaires, ses camarades la bombardent de serviettes hygiéniques sous les rires. À la maison, c'est pire : sa mère, fanatique religieuse, voit dans la puberté la marque du péché et l'enferme dans un placard pour prier. Mais Carrie se découvre un don, la télékinésie, et quand une camarade repentie pousse son petit ami à l'inviter au bal de promo, la soirée de rêve se prépare à virer au rouge.
C'est le tout premier roman de Stephen King, publié en 1974, et la première de plus d'une centaine d'adaptations de son œuvre ; King racontera n'avoir touché que 2 500 dollars pour les droits. United Artists accorde à Brian De Palma un budget serré, finalement porté à 1,8 million de dollars. Le casting se fait en parallèle de celui de La Guerre des étoiles : Sissy Spacek, poussée par son mari Jack Fisk, a aussi essayé le rôle de la princesse Leia, et William Katt celui de Luke Skywalker. Pour rester dans la peau de la paria, Spacek évite de fraterniser avec le reste de la troupe. Piper Laurie, absente des écrans depuis L'Arnaqueur en 1961, croyait, elle, tourner une comédie. Clin d'œil à Psychose : le lycée s'appelle Bates High School, et les violons stridents de Pino Donaggio saluent Bernard Herrmann, que De Palma voulait engager avant sa mort.
Sorti aux États-Unis en novembre 1976, le film rapporte plus de 33 millions de dollars en Amérique du Nord. En France, il remporte en janvier 1977 le Grand Prix du festival d'Avoriaz avant de réunir près de 1,3 million de spectateurs. Rare pour un film d'horreur, il décroche deux nominations aux Oscars, pour Sissy Spacek et Piper Laurie. Le bal, filmé en écran divisé, est devenu une séquence d'anthologie, même si De Palma jugera en 2001 ce procédé mal adapté à l'action. Le plan final, lui, a été tourné à l'envers pour lui donner une étrangeté de rêve.
Le public de SensCritique lui accorde 7,3/10 sur plus de 23 000 notes, soit 2💤. Ce qui coince : des seconds rôles lycéens réduits à des caricatures, et un écran divisé qui fragmente le grand morceau de bravoure au lieu de l'emballer. Mais Sissy Spacek, bouleversante, tient le film de bout en bout.
✓ Ce qui fonctionne
- Sissy Spacek, bouleversante en paria
- Piper Laurie, terrifiante en mère illuminée
- La séquence du bal, devenue d'anthologie
- Un portrait cruel de la méchanceté adolescente
✗ Ce qui ne fonctionne pas
- Des lycéens tortionnaires réduits à des caricatures
- L'écran divisé, qui fragmente le climax au lieu de l'emballer
« Un placard, des cantiques, un seau perché au-dessus de la scène : De Palma a fait du bal de promo le pire souvenir de lycée du cinéma américain. »
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