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FROM HELL

FROM HELL
💤 SOPORIFIQUE2/5
L'AUTOPSIE DE JACK L'ÉVENTREUR

Le titre vient de la première ligne d'une lettre de 1888, « From Hell », que certains spécialistes tiennent pour un vrai message du tueur. Alan Moore au scénario, Eddie Campbell au dessin : la série paraît en feuilleton de 1989 à 1998, d'abord dans l'anthologie Taboo de Steve Bissette, puis en dix volumes, avant d'être réunie en 1999 en un pavé de 572 pages. À l'origine, un documentaire télé sur Jack l'Éventreur, après lequel Moore appelle Neil Gaiman pour l'aider à dénicher au British Museum des biographies oubliées de suspects.

La thèse de départ est celle de Stephen Knight : les meurtres de Whitechapel auraient servi à étouffer la naissance d'un enfant illégitime du prince Albert Victor. Le médecin de la reine, Sir William Gull, franc-maçon de haut rang, tue avec l'aide d'un cocher, John Netley, et transforme les meurtres en rituel mystique. Moore emprunte au Dirk Gently de Douglas Adams une idée folle : résoudre un crime de façon holistique, c'est résoudre toute la société qui l'a produit. Il y ajoute sa théorie du temps comme quatrième dimension, où l'histoire « a une architecture » et où Gull entrevoit le XXe siècle en plein meurtre.

La pluie de prix suit : plusieurs Eisner, dont meilleure histoire en feuilleton en 1993 et meilleur scénariste en 1995, 1996 et 1997, puis le Prix de la critique à Angoulême en 2001 pour l'édition française de Delcourt. En 2000, l'Australie l'a même interdit quelques semaines après une saisie en douane. Le film des frères Hughes, avec Johnny Depp en 2001, s'en inspire de loin et récolte des critiques mitigées. Ce qui coince : la théorie de Knight, socle de tout l'édifice, a été réfutée à de multiples reprises, et le récit assume de romancer l'identité du tueur. Il faut aussi accepter un pavé exigeant, plus essai que polar.

Le public de SensCritique lui accorde 7,8/10 (2 929 notes), soit 2💤. Pas un whodunit : une dissection, et c'est tout le XIXe siècle qui finit sur la table.

✓ Ce qui fonctionne

  • Un Jack l'Éventreur qui sert à disséquer toute une époque
  • Eddie Campbell au dessin, fidèle au poste de 1989 à 1998
  • Les visions de Gull, où le passé et le futur se télescopent
  • Prix de la critique à Angoulême en 2001

✗ Ce qui ne fonctionne pas

  • Bâti sur la théorie de Stephen Knight, réfutée à de multiples reprises
  • 572 pages denses, plus essai que polar
« Jack l'Éventreur démasqué ? Non : c'est toute l'Angleterre victorienne qui passe sur le billard. »
— RHYNO, critique en chef de ZZZPOP

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Par RHYNO — critique en chef, ZZZPOP 17 OCTOBRE 2026
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