SPIRALE, TOME 1
L'idée de départ n'avait rien d'une spirale. Junji Ito voulait raconter la vie de gens habitant une très longue maison mitoyenne, et c'est en cherchant comment lui donner cette longueur qu'il a pensé à la forme de la spirale. Pour s'imprégner du motif, il a fixé des spirales, vidé des baignoires pour observer les tourbillons, mangé des aliments en spirale et élevé des escargots. Prépubliée dans Big Comic Spirits en 1998 et 1999, la série tient en trois volumes chez Shōgakukan ; en France, Tonkam la publie en 2002 dans sa collection « Frissons », sous le titre Spirale.
Kurouzu-cho est une petite ville isolée et tranquille, jusqu'au jour où le père de Shuichi, le petit ami de la lycéenne Kirie Goshima, devient obsédé par les spirales, au point de vouloir en exprimer une à travers son propre corps. Sa mort ouvre la voie à une malédiction qui gagne toute la ville : la fumée des crémations tourbillonne avant de plonger dans l'étang, une cicatrice se creuse en spirale, les habitants deviennent obsédés ou paranoïaques. Chaque chapitre explore une nouvelle façon, toujours plus folle, dont la forme contamine les corps et les esprits.
Ito explique que l'horreur d'Uzumaki fonctionne parce qu'elle détourne des symboles d'ordinaire positifs dans les médias japonais, et parce que ses héros luttent contre une force mystérieuse plus forte qu'eux. Il cite aussi H. P. Lovecraft, dont il a repris la lente progression de la menace. Résultat : un body horror à la fois grotesque et poétique, dessiné avec une précision maniaque, où l'absurde devient terrifiant à force de logique. Le revers : le principe d'un chapitre, un nouveau cauchemar, peut sembler répétitif, et les personnages servent surtout de témoins impuissants.
Souvent considéré comme le chef-d'œuvre de son auteur, Uzumaki a été nommé pour un Eisner en 2003, adapté au cinéma par Higuchinsky en 2000, puis en série animée diffusée sur Adult Swim en 2024. En France, une intégrale a pris le relais des trois tomes, en 2011 puis en 2021. Le public de SensCritique accorde 8/10 au premier tome de Spirale (183 notes), soit 2💤. Après ça, impossible de regarder un escargot comme avant.
✓ Ce qui fonctionne
- Un concept d'horreur unique : une ville maudite par une forme
- Le body horror grotesque et poétique de Junji Ito
- Un dessin d'une précision maniaque
- Une malédiction qui progresse avec une lenteur lovecraftienne
✗ Ce qui ne fonctionne pas
- Un principe d'un chapitre, un cauchemar qui peut lasser
- Des personnages réduits au rôle de témoins
« Une ville entière contaminée par une forme géométrique : Junji Ito fait de la spirale un cauchemar, et de l'escargot une créature d'épouvante. »
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