TOMIE
Tout commence en 1987. Junji Ito est alors un jeune prothésiste dentaire qui dessine des mangas pour lui depuis l'adolescence, nourri à l'horreur de Kazuo Umezu. Le magazine Monthly Halloween, publication de shōjo spécialisée dans l'horreur, organise un concours présidé par Umezu lui-même : Ito y envoie le premier épisode de Tomie, décroche une mention honorable, et voit son histoire publiée dans le numéro de février 1987. C'est sa toute première œuvre, et la série l'accompagnera jusqu'en 2000.
Le premier épisode donne le ton. Lors d'une sortie scolaire, Tomie Kawakami, lycéenne d'une beauté troublante, est tuée et découpée en morceaux par ses camarades de classe, qui dispersent les parties de son corps un peu partout au Japon. Au lendemain des funérailles, elle revient en classe comme si de rien n'était, et les élèves sombrent dans la folie. La suite décline le principe en épisodes : Tomie ensorcelle les hommes, les pousse à la jalousie, au meurtre ou au suicide, se fait tuer encore et encore, et repousse à partir du moindre morceau d'elle-même, jusqu'à son sang.
Pour se démarquer d'Umezu, dont les récits tournaient autour de la figure maternelle, Ito a choisi de travailler l'image de la jeune fille idéale japonaise, et d'y ajouter le démembrement. Le résultat est une créature unique, à la fois bourreau et victime, objet de désir et tumeur qui se multiplie. Le dessin des premiers chapitres, plus rudimentaire, trahit les débuts de l'auteur, et le format épisodique tourne parfois à la variation sur un même thème. Mais la mécanique, glaçante, n'a rien perdu de sa force, et pose déjà tout ce qui fera la signature d'Ito.
Le succès a été considérable au Japon : neuf films en prises de vues réelles, une série télévisée d'anthologie en 1999, et des adaptations dans les anthologies animées consacrées à l'auteur. En France, Tonkam l'a d'abord publiée en trois volumes en 2004, puis en intégrale en 2012, avant une réédition chez Mangetsu. Le public de SensCritique accorde 7,6/10 à l'édition intégrale de Mangetsu (777 notes), soit 2💤. Le feu est le seul moyen connu d'en finir : ne gardez aucune mèche.
✓ Ce qui fonctionne
- Une créature unique, à la fois bourreau et victime
- Un premier épisode d'une cruauté inoubliable
- La matrice de toute l'œuvre de Junji Ito
✗ Ce qui ne fonctionne pas
- Le dessin encore rudimentaire des premiers chapitres
- Un format épisodique qui tourne parfois à la variation
« Découpez-la, enterrez-la, dispersez-la aux quatre coins du Japon : Tomie revient toujours, et elle revient plus nombreuse. »
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