LES YEUX SANS VISAGE
À la fin des années 1950, le cinéma français ne fait pas d'horreur. Le producteur Jules Borkon veut une réponse française aux films de la Hammer, achète un roman de Jean Redon paru au Fleuve noir et confie le projet à Georges Franju, cofondateur de la Cinémathèque française. Le professeur Génessier (Pierre Brasseur), chirurgien réputé, est responsable de l'accident de voiture qui a défiguré sa fille Christiane. Avec son assistante Louise (Alida Valli), il attire des jeunes femmes dans sa villa pour prélever leur visage et le greffer sur celui de sa fille, qui attend derrière un masque.
Borkon a posé trois interdits : pas trop de sang pour la censure française, pas d'animaux torturés pour l'anglaise, pas de savant fou pour l'allemande. Le roman cochait les trois cases. Avec Claude Sautet, Boileau et Narcejac, les auteurs des romans adaptés pour Les Diaboliques et Sueurs froides, déplacent donc le récit vers la fille. Franju parle d'une horreur « à doses homéopathiques ». Le masque en latex, signé Henri Assola et Georges Klein, fige le visage d'Édith Scob, qui n'en est qu'à son deuxième long métrage. Eugen Schüfftan éclaire, Maurice Jarre glisse une valse de fête foraine sur les rapts de Louise, et la greffe est filmée presque en entier.
À sa sortie, interdit aux moins de 16 ans, le film dépasse les 620 000 entrées, un succès mitigé. Au festival d'Édimbourg 1960, sept spectateurs s'évanouissent ; Franju lâche qu'il comprend enfin pourquoi les Écossais portent des jupes. Une critique anglaise parle du film « le plus malade » de sa carrière, et les Américains le raccourcissent sous le titre The Horror Chamber of Dr. Faustus. Il faut la ressortie de 1986 pour que Serge Daney y voie « une merveille ». Depuis, John Carpenter l'a cité pour le masque de Michael Myers, Pedro Almodóvar pour La piel que habito, et Billy Idol en a tiré une chanson. Le revers : une trame de docteur fou assez classique, et des personnages que la critique britannique d'époque jugeait presque inexistants, Brasseur et Valli compris.
Sur TMDB, 7,58/10 pour 834 votes : 2💤. Un conte de fées chirurgical, beau et cruel, où le monstre porte une blouse blanche et la victime un masque immobile.
✓ Ce qui fonctionne
- Édith Scob et son masque, image inoubliable
- La scène de greffe, d'une froideur clinique
- La valse de fête foraine de Maurice Jarre
- Une influence directe sur Carpenter et Almodóvar
✗ Ce qui ne fonctionne pas
- Une trame de docteur fou assez convenue
- Des personnages peu développés, même Brasseur et Valli
« Chez Franju, le monstre a un diplôme de médecine et la victime un masque. »
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