LE HORLA
Un journal intime, un narrateur qui dort mal, puis de plus en plus mal, et la certitude grandissante qu'un être invisible vit chez lui, boit son eau et son lait, et le terrasse chaque nuit. Le Horla, la nouvelle de Guy de Maupassant, a connu trois versions : une Lettre d'un fou en 1885, un premier Horla dans Gil Blas en 1886, puis la version longue de 1887, la plus connue. En 2014, Guillaume Sorel, né à Cherbourg en 1966, en signe l'adaptation en bande dessinée aux éditions Rue de Sèvres, seul au scénario comme au dessin, juste après son album solo Hôtel Particulier.
Le matériau est un cadeau empoisonné. Sur le papier, la créature n'a aucune forme : elle déplace une rose, tourne une page, s'interpose entre le narrateur et son reflet dans le miroir. Elle serait venue du Brésil par bateau, d'après un article scientifique que lit le héros. Et rien ne tranche entre le surnaturel et la démence, puisque personne d'autre ne voit les phénomènes. Maupassant écrit cela alors qu'il souffre lui-même d'hallucinations, avant de tenter de se suicider en 1892. Le nom, néologisme maison, se lit comme « hors » et « là » à la fois. Pour Sorel, illustrateur de couvertures de romans fantastiques depuis des années, tout l'enjeu est de rendre visible le doute sans trahir l'invisible.
La nouvelle a été adaptée partout, à la télévision québécoise dès 1962, au théâtre, en musique. L'album de Sorel figure parmi ces relectures, avec la même année son illustration d'Alice au pays des merveilles chez le même éditeur. Ce qui coince : face au texte, l'album fait moins l'unanimité. Sur SensCritique, la nouvelle de Maupassant tient 7,6/10 pour 18 126 notes, quand la BD reste un cran en dessous. Mettre des images sur une peur qui tient tout entière dans la tête d'un homme, c'est forcément choisir à la place du lecteur.
Le public de SensCritique accorde à l'album 6,9/10 (160 notes), soit 3💤. Une belle porte d'entrée vers Maupassant, mais le vrai monstre reste celui qu'on imagine.
✓ Ce qui fonctionne
- Un classique du fantastique français mis en images
- Guillaume Sorel seul aux commandes, scénario et dessin
- Le doute entre hantise et folie, au cœur du récit
- Une porte d'entrée vers Maupassant
✗ Ce qui ne fonctionne pas
- Moins bien noté que la nouvelle qu'il adapte
- Montrer l'invisible, c'est trancher à la place du lecteur
« Le Horla ne se voit pas. Sorel le dessine quand même, et c'est tout le paradoxe. »
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