LES OGRES-DIEUX, TOME 1 : PETIT
Au milieu d'un repas, la reine Émione accouche d'un fils dont elle ignorait l'existence. Problème : il est minuscule, au point de passer pour un humain aux yeux de sa famille de géants. Le roi Gabaal, cruel et violent, en a honte et veut le faire disparaître. La reine, lettrée, y voit au contraire l'espoir d'une lignée dégénérée par des siècles de consanguinité, où chaque génération vit moins vieux et grandit moins que la précédente. Elle cache donc « Petit » chez la vieille princesse Desdée, tante recluse du roi, qui aime les humains au point de refuser de les manger. Hubert au scénario, Bertrand Gatignol au dessin : le premier tome des Ogres-Dieux paraît chez Soleil le 3 décembre 2014.
L'histoire est venue à Hubert pendant « une longue nuit d'insomnie », et Gatignol a mis la main au découpage dès l'écriture. L'album alterne les planches en noir et blanc et des pages de récit façon conte, extraits d'un « Livre des Aïeux » qui dresse le portrait du Fondateur, du Roi-Dieu ou de Desdée. Les références à la mythologie grecque abondent : la scène d'ouverture rappelle Cronos dévorant son fils, tel que Goya l'a peint, et la pose du géant en couverture renvoie, selon Hubert, à La Joconde. Le grand format, lui, s'est imposé en cours de route, et l'album était pensé comme un récit unique, sans suite prévue.
La suite est pourtant venue, avec trois tomes de plus jusqu'en 2020, chacun centré sur un autre personnage. Petit a reçu le prix de la meilleure BD de science-fiction aux Utopiales 2015, et le site 9emeart.fr l'a qualifié de BD « dure, sombre, mais magistrale ». Le studio Bobbypills a annoncé une adaptation en long métrage. Ce qui coince : c'est justement dur. Un enfant que son père veut tuer, des géants qui dévorent leurs serviteurs, des pulsions violentes dont Petit n'arrive pas à se défaire malgré l'éducation humaniste de sa tante. Ce conte-là n'est pas fait pour être lu le soir aux petits.
Le public de SensCritique lui accorde 8/10 (1 641 notes), soit 2💤. Un conte de fées qui a plus de dents que de fées, et c'est là toute sa beauté.
✓ Ce qui fonctionne
- Un royaume de géants anthropophages à la mythologie fouillée
- Le noir et blanc de Bertrand Gatignol
- Les pages du « Livre des Aïeux » entre les chapitres
- Prix de la meilleure BD de science-fiction aux Utopiales 2015
✗ Ce qui ne fonctionne pas
- Un conte d'une grande cruauté, pas pour les enfants
- Pensé comme un récit unique, il a pourtant appelé trois suites
« Être le plus petit de la famille, c'est dur. Quand la famille mange des gens, c'est carrément dangereux. »
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