ANTICHRIST SUPERSTAR
Chez Marilyn Manson, chaque musicien porte à l'époque le prénom d'une icône féminine de la pop et le nom d'un tueur en série. Pour le deuxième album, enregistré pendant huit mois aux Nothing Studios de La Nouvelle-Orléans, Trent Reznor coproduit, et la méthode est assumée : drogues quasi permanentes et privation de sommeil pour fabriquer un climat violent et hostile, à la hauteur du propos. Le chanteur reconnaît avoir abusé d'antidouleurs. L'ambiance tourne au vinaigre : le coproducteur Dave Ogilvie est renvoyé, Sean Beavan le remplace, et le guitariste Daisy Berkowitz accuse Reznor d'avoir volontairement cassé la Fender Jaguar que lui avait offerte son père.
Le titre détourne Jesus Christ Superstar d'Andrew Lloyd Webber. L'histoire, en trois cycles, suit un être surnaturel, rock star démagogue mue par la rancune et la misanthropie, qui s'empare du pouvoir pour provoquer la fin des temps, avec Nietzsche en toile de fond. Pour la pochette, Manson fait visionner au graphiste P. R. Brown Begotten, film d'horreur expérimental d'E. Elias Merhige, « cauchemar granuleux et rayé » : d'où ce Manson en ver aux ailes jaunies et croûteuses, transformé au dos en Antéchrist en costume. Merhige tournera d'ailleurs les clips de « Cryptorchid » et de la chanson-titre.
Précédé par « The Beautiful People », l'album entre 3e au Billboard 200 avec 132 000 exemplaires la première semaine, et Rolling Stone y voit la fin du règne du rock sérieux d'après Nirvana. Spin entend du Black Sabbath plus dur, l'ampleur opératique de Queen et un frisson vampirique hérité de Bauhaus. La tournée Dead to the World déclenche la panique : menaces de mort et d'attentat, manifestations religieuses devant presque toutes les salles nord-américaines, rumeurs infondées de sacrifices, concerts annulés à Richmond. Tout ne suit pas : l'album passe presque inaperçu en France et en Allemagne, et l'ancien bassiste Gidget Gein attaque le groupe en justice à propos de « 1996 ».
Le public de SensCritique lui accorde 7,1/10 (2 606 notes), soit 3💤. Les ligues de vertu y ont vu le diable, les fans un sacré disque de metal industriel.
✓ Ce qui fonctionne
- Un opéra rock ambitieux, construit en trois cycles
- La production de Trent Reznor, membre de l'équipe à part entière
- « The Beautiful People », tube et clip nommé trois fois aux MTV Video Music Awards
- Une pochette inspirée du film d'horreur Begotten
✗ Ce qui ne fonctionne pas
- Un enregistrement toxique, entre drogues et règlements de comptes
- Un succès modeste hors des États-Unis, presque nul en France
« Le seul opéra rock dont le public le plus assidu était posté devant la salle, pancarte à la main. »
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